Terroirs

Bordeaux: escapade dans quelques vignobles pépites

De toutes les régions viticoles, Bordeaux est celle qui abrite parmi les vins les plus prestigieux au monde. Ces vins côtoient pourtant des vignobles pépites, plus discrets, qui pourraient vous surprendre. Des Graves au Médoc en passant par Saint-Emilion, voici une liste non exhaustive de quelques-uns d’entre eux.

En Gironde, quelque 9000 vignerons œuvrent chaque année pour offrir le meilleur de leur savoir-faire aux amateurs de vins. Sur près de 120 000 hectares, ils perpétuent plus de 2000 ans de tradition viticole sur des terroirs multiples et variés. Cette richesse confère aux vins de Bordeaux une diversité de styles absolument remarquable que les appellations harmonisent et orchestrent selon leurs singularités. Des appellations qui ont vu naître, ici et là, des vins si prestigieux que leur réputation se paye désormais au prix fort.

Pomerol, Saint-Emilion, Margaux… pour ne citer qu’eux, abritent des propriétés qui jouissent d’une telle notoriété que celle-ci s’étend bien au-delà des frontières, participant ainsi à la renommée mondiale des vins de Bordeaux. Pourtant, à quelques jets de pierre de ces étendards, sur ces mêmes terroirs aux qualités incontestées et incontestables, d’autres domaines moins connus produisent des vins qui n’ont pas à rougir de leurs voisins. Des propriétés entretenues par des hommes et des femmes dont la passion et la détermination sont sans faille, parvenant à conjuguer qualité et accessibilité pour permettre aux consommateurs de se faire plaisir à prix doux. A travers notre promenade en Gironde, nous avons rencontré quelques-uns de ces vignerons qui sortent des sentiers battus, mettant un point d’honneur à produire des vins élégants et sans fioriture. Des vins qui relèvent le défi de refléter avec honnêteté et élégance les typicités de leurs terroirs tout en restant abordables. Pour y parvenir, certains s’affranchissent désormais de l’appellation pour avoir plus de libertés dans le choix de leurs cépages, d’autres s’engagent avec ferveur dans de lourdes conversions en agriculture biologique… Aucun d’entre eux ne manque quoi qu’il en soit d’idées pour redynamiser l’image des vins de Bordeaux. Tour d’horizon de quelques-uns de ces vignobles « pépites », à découvrir sans modération.

 

La salle de dégustation du Château Palais Cardinal offre une vue panoramique sur les vignes du domaine

La salle de dégustation du Château Palais Cardinal offre une vue panoramique sur les vignes du domaine.

 

 

Château Palais Cardinal : l’innovation au service de la tradition

Le Château Palais Cardinal fait partie intégrante du patrimoine de Saint-Emilion et pour cause, « la propriété viticole date de 1843 et tire son nom du Cardinal Gaillard de la Motte qui participa à son agrandissement au XVIe siècle et y éleva son vin. », nous raconte Nicolas Ballande, son actuel propriétaire.

 

Nicolas Ballande - Propriétaire du Château Palais Cardinal

Nicolas Ballande - Propriétaire du Château Palais Cardinal.

 

 

Si la vigne a toujours eu sa place ici, « le vignoble a vécu un tournant majeur entre 2008 et 2019, passant de 4 à 30 hectares. ». Un encépagement qui s’est fait au rythme d’une agriculture raisonnée depuis 12 ans, permettant au domaine de justifier des certifications HVE 3 et Terra Vitis. D’un âge moyen de 40 ans, Merlot, Cabernet Sauvignon et Cabernet Franc s’épanouissent ici sur un terroir où la biodiversité est de mise, revenant à « une culture proche de celle de nos arrière-grands-parents, pour nous protéger des aléas climatiques. ».

Ce retour aux traditions côtoie l’innovation : « tri des baies par densimétrie ; pré-fermentation à froid ; cuves thermorégulées ; élevage en cuves béton, en barriques ou même en amphores selon les vins et les millésimes… », pour créer quatre cuvées singulières dans lesquelles l’expression de la minéralité du terroir est recherchée « tout en jouant sur différentes puissances ».

De quoi plaire à tous les goûts, aux quatre coins du monde : « Nos vins sont essentiellement distribués sur un réseau de cavistes et de restaurateurs en France ; Belgique ; Italie ; Corée du Sud, Japon ; Hong-Kong ; Philippines ; Allemagne ; Etats-Unis ; Nouvelle-Calédonie ; Tahiti et Autriche ».

 

Le vignoble du Château Tour Castillon

Le vignoble du Château Tour Castillon.

 

 

Château Tour Castillon : « des vins qui durent dans le temps »

Si l’histoire du Château Tour Castillon est étroitement liée à celle du Vicomte de Castillon qui y développa la culture du vin au XIe siècle, le vignoble actuel est l’héritage de 4 générations qui se succèdent depuis plus d’un siècle : « Mon arrière-grand-père a acquis la propriété en 1914 », nous raconte Laure Peyruse, cogérante du domaine avec son frère Sébastien. Lui, produit le vin. Elle, en parle mieux que personne à travers l’activité oenotouristique qu’elle développe depuis 20 ans.

 

Visite oenotouristique au Château Tour Castillon

Visite oenotouristique au Château Tour Castillon.

 

 

« Ici, la vigne a longtemps poussé au milieu des vaches, ce qui a permis de constituer un formidable engrais. ». Une dizaine d’hectares est aujourd’hui cultivée en Cru Bourgeois sous l’AOC Médoc. Merlot, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Petit Verdot et Carmenere s’épanouissent ici selon une philosophie environnementale qui prône un « entretien parcellaire important permettant de pérenniser le terroir très qualitatif que l’on nous a donné, idéalement situé face à l’estuaire de la Gironde ». Ce soin se poursuit jusque dans la vinification où les vins font l’objet d’une cuvaison longue sur-mesure avant de poursuivre leur élevage en barrique ou en amphores.

« Cela nous permet de produire des vins élégants et gourmands qui ont la particularité d’être appréciables dans leur jeunesse tout en étant aptes à un très bon vieillissement… des vins qui durent dans le temps. ».

S’il est possible de retrouver la production sur le site marchand du domaine, les flacons s’exportent également au Canada, aux Etats-Unis, au Japon et en Chine.

 

Le vignoble du Château Tourteau Chollet

Le vignoble du Château Tourteau Chollet.

 

 

Château Tourteau Chollet : « la qualité des grands crus »

Au sud de Bordeaux, le Château Tourteau Chollet est riche de plus de 260 ans d’Histoire. Une histoire qui démarre en 1760 avec Etienne Tourteau qui, sur ce terroir de graves profondes, plante la première parcelle de vigne. Les années ont passé, le vignoble a peu ou prou résisté aux crises viticoles successives et, depuis le début des années 2000, il est sous l’expertise de Maxime Bontoux.

 

La bâtisse du Château Tourteau CholletLa bâtisse du Château Tourteau Chollet.

 

 

« Dès 2003, Maxime a bien compris les enjeux du réchauffement climatique et a planté des cépages plus adaptés comme le Petit Verdot et le Malbec », explique Sébastien Labails, gérant des Vignobles de Maxime. Deux cépages qui, sur 56 hectares, côtoient les traditionnels Cabernets Sauvignon, Merlots, Sauvignons blancs et Sémillons, permettant de produire cinq cuvées sous l’AOC Graves et une sous l’AOC Bordeaux. « Nos vins passent l’été dans des cuves béton pour conserver leur fraicheur et, pour les rouges, nous opérons une macération pré-fermentaire à basse température pour en développer les arômes primaires. ».

Cette vinification soignée fait la signature des vins Tourteau Chollet dans lesquels « l’élégance est toujours recherchée. ». Le travail effectué en amont dans le vignoble est tout aussi primordial. Précurseur dans la question du respect de l’environnement, le domaine multiplie les initiatives écologiques et a amorcé une conversion en bio depuis avril dernier.

Cet engagement au service de ce sublime terroir permet de produire des vins qui ont « la qualité des grands crus » et qui se vendent en France, au Bénélux, aux Etats-Unis et à Hong-Kong.

 

Sébastien Montagne improvise une dégustation au Domaine Lauranceau

Sébastien Montagne improvise une dégustation au Domaine Lauranceau.

 

 

Domaine de Lauranceau : l’art de la tradition

Sur les très qualitatifs terroirs argileux du sud de Bordeaux, la famille Montagne cultive la vigne depuis 1890. « Mon arrière-arrière-grand-père a acquis quelques hectares dans le temps », nous raconte Sébastien Montagne qui incarne la 5e génération. « Des terres ont été achetées au fur et à mesure et l’acquisition du vignoble de Lauranceau s’est faite en 1976. ».

45 hectares sont aujourd’hui cultivés par le vigneron qui conduit son vignoble « sans pesticides depuis 2018 » et amorce sa 3e année en conversion bio. Merlot, Cabernet Sauvignon, Sauvignon, Sémillon, Colombard et Muscadelle sont ainsi épargnés de tout intrant chimique, du cep jusqu’à la bouteille. Côté vinification, tout est fait de manière traditionnelle. Dans le chai de Sébastien Montagne, « aucune thermovinification n’est effectuée. ». Ici s’opère d’abord une macération à froid, suivie d’une cuvaison et, enfin, d’un élevage en cuves souterraines ainsi qu’en barriques provenant d’un Grand Cru Classé. « C’est un beau bois que l’on utilise » et qui confère sans nul doute aux vins le remarquable équilibre qui les caractérise. Mais pas seulement. Car l’homme, consciencieux, ajuste sa façon de produire le vin selon les millésimes. Ainsi, d’une année sur l’autre, l’élevage en barrique peut aller « jusqu’à 18 mois » pour être ensuite assemblé avec des « quantités variables de vin issu des cuves souterraines ». Question sulfites, « je préfère conserver le gaz carbonique pour éviter au maximum de sulfiter. ». Autant d’ajustements qui permettent de créer de jolies cuvées destinées aux marchés français, chinois et américain.

 

 

En Gironde, quelques vignobles œuvrent discrètement mais sûrement au développement des vins de Bordeaux. Certains d’entre eux nous ont ouvert leurs portes pour nous raconter leur histoire, avec passion et humilité. Dans ces domaines pépites, les vignerons offrent bien plus que du vin. Ils partagent volontiers l’amour de leurs terres dont ils ont à cœur de préserver l’intégrité environnementale. Ces terroirs, héritages de plusieurs siècles de viticulture, ont quelque chose d’exceptionnel et de singulier que tous s’efforcent de sauvegarder et de révéler. Savoir-faire séculaire et audace se conjuguent ainsi à l’infini pour ces hommes et ces femmes qui ne cessent d’innover pour offrir la plus belle expression de leur vignoble. Voilà un excellent moyen de découvrir les vins de Bordeaux autrement.